20.11.2008

Ce que m'inspire l'élection de B. Obama

 

 

Hadja Marie Touré.jpgPar Hadja Marie Touré  France

Je ne vous l’apprends pas, il y a des victoires qui font vibrer. D’autres, par contre marquent, impulsent de nouveaux débats et pointent des questions ignorées. Celle de Barack Obama aux présidentielles américaines est historique, plutôt que de spéculer sur les initiatives du président élu, examinons le contenu et les effets de ce succès.

Saluons tout d’abord la réconciliation d’un peuple. Depuis longtemps, l’Amérique noire et l’Amérique blanche se sont dressées l’une contre l’autre. Les Blancs souhaitaient perpétuer leur supériorité acquise depuis l’esclavage ; les Noirs combattaient pour l’égalité des droits. Ambiance explosive ! Malcom X disait dans un discours : « Les élections ou la révolution ». En fait, le leader noir préconisait le choix des fusils si la loi ne rendait pas la dignité aux Noirs. Plus cool, Martin Luther King prônait la non-violence afin d’instaurer les droits civiques. Dans le camp de l’Amérique blanche, Abraham Lincoln -14éme président des Etats-Unis- déclara solennellement l’impossibilité d’une égalité sociale et politique entre race blanche et race noire. Plus tard, le Ku Klux Klan, mouvement raciste, lynche et terrorise les Noirs sous l’oeil bienveillant des autorités. Ne dit-on pas qu’il n’est pas prudent pour un Noir de s’arrêter dans certaines villes du Tennessee, la nuit tombée ? Citons enfin la ségrégation raciale des années 50 et ses affres : c’était une période où les personnes sont séparées en raison de la couleur de la peau dans leurs activités quotidiennes, comme le fait d’aller à l’école, au restaurant, ou encore de louer une maison. Résultat : les Noirs étaient considérés comme des citoyens inférieurs, d’où une limite au regard de leur émancipation. Visiblement les Etats-Unis  sont une nation désunie en ces périodes.

Désormais, une société sans « couleur de peau » semble être secrétée par l’élection d’Obama. Des ennemis d’hier sont devenus frères. Selon de nombreux spécialistes, le vote des Blancs -ex maîtres, ex adversaires- a contribué à porter un métis à la magistrature suprême. Et cela grâce à un seul déterminisme : la compétence. Brave paix.

En filigrane, le plafond de verre, théorie brandie par les sceptiques de l’égalité des droits, a volé en éclats. Le plafond de verre prétend qu’un système invisible freine l’ascension sociale des minorités visibles. En France, au contraire, cette idée résiste. Combien de Noirs ou de Magrébins occupent des postes de décision ? Combien de fils d’immigrés sont cadres dans les partis politiques ? Combien de…. Donc nécessité est de rendre hommage à la démocratie américaine car elle a donné de l’espoir à tous les discriminés, où qu’ils se trouvent. Ainsi cette expérience gagnerait à être connue mondialement. Enfin, on peut penser : « prenez de la peine, minorités de tous pays, le destin vous tend les bras ». Yes we can, devrait-on internationaliser.Obama.jpg

Cette élection fait également resurgir le débat sur la discrimination positive en France, étant donné que l’ascenseur social républicain y fonctionne par intermittence. La discrimination positive est une mesure supposée capable de faciliter l’incorporation des Non-Blancs dans la fonction publique ou dans les Grandes Ecoles. Partant de ce principe, des quotas d’emploi - pas des contrats de solidarité du genre (CAE) ou (CES) - seraient réservés à ces personnes dans les services publics. A l’identique, des places seraient attribuées de droit aux meilleurs élèves issus des Cités dans les Grandes Ecoles : X, Centrale, Sciences Po, Hec, voire Saint Cyr. Si la discrimination positive est séduisante dans la théorie, elle l’est aussi autant dans la pratique. En Amérique, cette politique des quotas a contribué à désamorcer la tension entre Noirs et Blancs, mieux elle a favorisé l’émergence d’une élite Noire. D’aucuns prétendent d’ailleurs que Barack Obama, a profité de ce programme. Je sais que cette théorie est remise en cause dans certains Etats américains et par le principe de l’universalisme à la française, mais là n’est pas la question. Quoi qu’il en soit, ce modèle d’intégration vaut d’être médité en France, tant les inégalités sont grandes.

En définitive,  l’élection de Barack Obama scelle de nouveaux rapports entre les communautés en Amérique et jette les bases d’une société post raciale réalisable dans tous les pays du monde.



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